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Le rappel et la liberté, vers une relation plus équilibrée

Le rappel et la liberté, vers une relation plus équilibrée Posted on 11 juin 2019

Promener son chien sans laisse n’est pas une évidence pour tous, pourtant il s’agit d’un besoin essentiel qu’il nous faudra combler pour le bien de nos poilus.
LA LIBERTÉ, tous les jours idéalement, est capitale pour leur épanouissement.
Cela nécessite un peu de travail afin d’être sécurisé pour tous. Penser à nos chiens, oui…mais aussi à ceux des autres !

Alors, comment travailler le rappel et promener librement son chien dans le respect de tous les promeneurs ?

Vous êtes très pressé ? Les infos techniques et exercices à mettre en place se trouvent dans les vidéos et articles en seconde partie.

1. Le suivi naturel, un véritable trésor

Le rappel se travaille sur le long terme, car il se construit avec la confiance mutuelle, mais cet apprentissage doit débuter dès l’arrivée du chiot, grâce au merveilleux “suivi naturel” que vous allez pouvoir exploiter :

“ Le suivi naturel est un véritable trésor comportemental que je veux faciliter, développer et enrichir, explique Nicolas Cornier dans son livre “Dans le sens du poil”.
Lorsque je suis allé chercher mon chien, quelque chose m’a frappé. Après l’avoir câliné dans mes bras quelques minutes, je l’ai reposé au sol et, lorsque je me suis éloigné, il m’a suivi.
Une fois chez moi, je renouvelle cette expérience. Je le caresse quelques minutes, l’apaise et puis, je marche du salon à la cuisine, j’accélère dans le couloir pour enfin m’arrêter devant la porte d’entrée. Tout au long de ce périple, il me suit comme mon ombre.

J’ai compris alors que cette façon de me suivre est naturelle. Le plus étonnant, c’est que je n’ai pas besoin de l’appeler et de lui demander de me suivre pour qu’il le fasse. Il le fait sans conditions. Bien que notre relation soit encore précoce, c’est bien le lien qui nous unit qui le motive à me suivre aveuglément. Les quelques moments de tendresse, de réconfort mais aussi d’alimentation ont suffi pour permettre ce premier acte éducatif.

Le suivi naturel est un véritable trésor comportemental que je veux faciliter, développer et enrichir. Si j’ai un jardin clos, je commence par là. Je le laisse explorer tous les recoins de ce nouveau monde, puis je me déplace de long en large, de droite à gauche, je m’arrête, je repars, je fais demi-tour, je ralentis et j’accélère. Je finis par un gros câlin accompagné par une récompense haut de gamme.
Dès le lendemain, je tente l’expérience dans un nouvel environnement , un peu plus distrayant. Cela peut être le jardin de mon voisin, un pré dans la campagne ou un chemin dans la forêt.

Confiance & respect mutuels, la base d’une bonne relation.

Non seulement le suivi naturel nous rapproche , mais il valorise ma communication. Lorsque je suis dans un endroit qui n’est pas clos, j’attache au collier de mon chien une longe légère. Je ne la tiens pas, je la laisse traîner ; elle me permet de le lâcher sans avoir l’inquiétude de le perdre. Si je suis inquiet, ma communication sera plus fébrile, je serai tenté de l’appeler quand ce ne sera pas nécessaire, de l’obliger à me suivre plutôt que de lui en donner envie. La longe m’évite de l’attendre quand il s’arrête. Je veux qu’il s’inquiète et ainsi créer un stress positif qui le fasse me rejoindre avec enthousiasme. Tout cela sans qu’un seul mot ne soit prononcé. Si je l’attends ou si je vais le chercher, il n’apprend rien car il n’a aucune raison de me rejoindre. Il existe quatre situations qui favorisent ce stress positif :

  • lorsque marchant au pas, je me mets à courir,
  • lorsque je fais demi-tour brutalement,
  • lorsque je m’éloigne et me déplace latéralement,
  • et enfin quand je disparais soudainement de sa vue. J’ai plaisir à le mettre dans de telles situations, et lui aussi s’amuse. J’obtiens exactement ce que je veux en dépensant peu d’énergie et en communiquant sobrement. Chaque fois qu’il me suit naturellement, notre lien se renforce un petit peu plus. Quand il me suit, je ne le sollicite pas, et si je dois l’appeler pour un rappel ou toute autre situation, je suis d’autant plus efficace. Non seulement le suivi naturel nous rapproche , mais il valorise ma communication.

Tout cela fonctionne à merveille tant que nous nous promenons dans un milieu peu ou pas distrayant. Encore une fois, pour qu’il apprenne, il doit réussir ce que je lui demande. S’il croise un chien, un joggeur ou un enfant qui veut le caresser, l’exercice s’arrête pour mieux reprendre une fois « l’élément perturbateur » éloigné. S’il cesse de me suivre parce qu’il est légèrement distrait (un reniflage, une mouche qui vole), je l’appelle et lui demande de venir, sans pour autant l’attendre, je le félicite et le récompense quand il me rejoint (…)

Il faut favoriser le suivi naturel non seulement pendant les premiers mois de la vie de mon chien, mais également tout au long de notre aventure commune. C’est ce qui me permet très vite de pouvoir le promener sans devoir m’inquiéter de savoir où il est, puisque c’est lui qui a appris à s’inquiéter où je suis et où je vais. Je n’ai pas besoin qu’il me suive comme un petit chien, je veux qu’il puisse explorer son environnement, rencontrer ses congénères et renifler les odeurs, puis me rejoindre !

Le suivi naturel, c’est aussi lui apprendre à jeter un coup d’œil toutes les dix ou vingt secondes pour vérifier ma position. Quel que soit son âge, tant qu’il est valide j’entretiens ce processus. Qu’il ne prenne jamais pour acquis que je l’attends. Ce n’est pas de l’inconscience mais du détachement qui me permet d’oser lâcher mon chien (au bout d’une longe au début) dès ses premières sorties. Le suivi naturel, c’est la promesse de balades harmonieuses, tranquilles pour les années à venir. »

Extrait du livre “Dans le sens du poil” de Nicolas Cornier.


Vous rappelleriez avec joie un ami qui hurle sur votre messagerie vocale ?
Vous seriez serein s’il semble extrêmement froid et fermé ?

2. Alors maintenant, concrètement, comment faire ?

YouTube video

Premièrement, de la lecture pour les humains (et oui, il n’y a pas que le chien qui bosse 😉 ). Voici quelques articles riches en informations sur le thème du rappel et des balades sans laisse :

  1. Quelques points essentiels à connaître (vidéo)
  2. “Youki revieeeens !” Les erreurs à ne pas faire.
  3. Comment bien rappeler ? Les subtilités expliquées !
  4. La balade silencieuse, kézako ?
  5. Et si on lâchait un peu nos chiens ?
  6. Le conflit de motivation : il est parfois dur de rivaliser avec un caca !
  7. “Le rappel, notre plus grosse faiblesse. » Et si on parlait plutôt de lien ?
  8. « Mon chien est gentil ! » Et le respect des autres promeneurs et de leurs compagnons dans tout ça ?

Ensuite, lorsque vous demandez quelque chose à votre chien, pensez toujours à votre attitude : posture, déplacements, gestuelle, regard, voix, intonation, etc.
TOUT DOIT ÊTRE COHÉRENT. Soyez accueillant avec votre poilu, mettez-vous plutôt :

  • de profil
  • accroupi, en tapotant dans les mains par exemple
  • ne restez pas debout, imposant, droit comme un piquet
  • ne pointez pas le doigt en criant “Au pied !!!”
  • partez plutôt dans le sens opposé (invitation à vous suivre), plutôt que de lui courir après
  • gardez le sourire, etc.
  • le rappel n’est pas automatiquement vocal : votre posture et votre déplacement peuvent suffire à lui donner envie de revenir. Voilà d’ailleurs un super exercice pour vous que de l’inviter à vous rejoindre en restant silencieux !

SOYEZ LOGIQUE de A à Z !
Félicitez toujours un chien qui est revenu, même s’il a mis plus de temps qu’espéré !

Il est REVENU, il a fait ce que vous lui demandiez et c’est ce qui compte. Dans son monde de chien, il ne peut pas comprendre qu’il ne fallait pas renifler le copain en revenant au pied ou qu’il ne fallait pas faire un détour par cette petite crotte si attirante !

Si vous êtes sec ou fâché car votre chien a trop tardé, il ne va retenir qu’une chose :
“Au pied = ne surtout pas revenir !
Au pied = humain pas content !
Au pied = moment désagréable !” …
Et la prochaine fois il reviendra encore moins…ou il reviendra, oui, mais par crainte. Or ce n’est pas la relation qu’on souhaite construire avec nos animaux n’est-ce-pas ?

Le retour doit toujours être positif pour lui, donnez-lui l’ENVIE de revenir !

Ca ne doit pas être un mot associé à la remise en laisse systématique, ni à la fin de la balade automatique, ou à la punition verbale / physique.

Personnellement, je ne prendrai jamais le rappel pour acquis. Je continue encore des années après à féliciter Jane pour ses retours. C’est à mon sens un apprentissage qu’il faut chérir sans cesse afin de le renforcer encore et toujours. Je peux lui demander de revenir vers moi sans raison particulière, juste pour un petit exercice (en utilisant juste ma posture et à d’autres moments en ajoutant ma voix), afin que ce soit un « non-événement » le jour où je devrais la rappeler plus urgemment pour un vélo, un cheval, une voiture, etc. Sans en abuser, en la laissant profiter au maximum de sa balade (voir article sur les balades silencieuses ci-dessus), cela me permet à la fois de rendre plutôt commune ma demande, tout en rendant chouette le mot-clé.

Soyons reconnaissants de l’effort que nos chiens font à chaque fois qu’ils reviennent, nous choisissant nous, plutôt que ce chouette copain qui arrive ou cette incroyable odeur qui devait les mener au fond des bois…

Une des causes principale de l’échec du rappel vient du fait que le chien l’a associé à du négatif.

Vérifiez également que les besoins de votre chien soient bien comblés !

Pourquoi reviendrait-il s’il n’a le droit qu’à 20 minutes de balade par jour ou, pire, par semaine ? Pourquoi reviendrait-il si pendant plusieurs journées d’affilée il n’a le droit de se défouler que dans votre jardin (quand bien même vous auriez 1 hectare, il les connaîtrait PAR COEUR, aucun intérêt pour lui, aucun nouveauté, pas de nouvelles odeurs, aucune âme poilue à croiser, rien à pister…) ? Pourquoi reviendrait-il alors qu’il y a des copains en face et que vous ne comblez pas ses besoins d’interactions sociales ?
Pourquoi reviendrait-il s’il n’est lâché qu’une fois de temps à autre et qu’en plus vous lui collez aux basques ?

Offrez-lui de vraies balades tous les jours, au moins 1 h d’affilée pour un chien adulte en forme, et laissez-lui de la LIBERTÉ ainsi que du CHOIX dans les chemins empruntés, les prises d’odeurs ou les prises de décisions.
Il vous en sera reconnaissant et sera d’autant plus à l’écoute de vos demandes.
Petite explication autour de l’importance de l’olfaction chez le chien !
Un chien dont les besoins sont mal comblés sera moins apte à nous écouter…
Le rappel est un travail global : au-delà de l’instant T en balade, le rappel se joue sur de multiples détails du quotidien de notre chien…et sur notre relationnel bien sûr.


Et si vous ne pouvez pas encore lâcher votre chien pour le moment – parce que le rappel n’est pas encore acquis, parce qu’il n’est pas stable émotionnellement, parce qu’il présente des comportements agressifs, parce que votre femelle est en chaleur ou autre –, munissez-vous d’une bonne longe (5 mètres en milieu urbain par exemple, que vous réduirez éventuellement en fonction des situations au cours de votre sortie, et au moins 10 mètres en forêt), qu’il puisse explorer l’environnement plus facilement et avoir une petite sensation de liberté.

“Mais il se fout de moi ?!”

Votre chien se moque de vous, vous ignore, semble prendre son temps, fait des détours, zig-zag, renifle le sol, vous tourne le dos, bref il semble vous narguer ?! RIEN de tout ça !

Et s’il était plutôt en train d’essayer de vous apaiser, de désamorcer la tension que vous instaurez avec un ordre donné trop sèchement ?

Apprenez à décoder les signaux d’apaisement canins et adaptez votre attitude en fonction de l’état émotionnel de votre chien. S’il ressent votre nervosité, il ne peut pas revenir aussi vite que demandé, il a besoin que vous vous calmiez avant. C’est aussi ça la politesse canine !

 » Nos chiens nous parlent à longueur de journée, écoutez-les !  »

A lire, “Les signaux d’apaisement. Les bases de la communication canine” de Turid Rugaas.
A parcourir, l’album photo de La Gazette des truffes sur la communication canine.
A parcourir, la rubrique VIDEOS de ce site.

Extrait de “Les signaux d’apaisement” de Turid Rugaas.
Voilà, vous avez désormais de nombreuses clés pour travailler le rappel et oser lâcher votre chien !

Toutefois, n’oubliez jamais le respect des autres usagers : il peut y avoir des chiens craintifs qui ne souhaitent pas que le vôtre vienne le renifler, même calmement, et encore moins en lui fonçant droit dessus évidemment (cf article n°7 plus haut), des humains qui travaillent leur réactivité depuis des mois et pour qui une seule rencontre peut tout gâcher, des enfants ou des adultes qui ont peur des chiens, etc.

Bannissez les colliers électriques, à spray, à ultrasons…et n’hésitez jamais à vous faire aider par un professionnel aux méthodes respectueuses (vous pouvez d’ailleurs me contacter si vous ne trouvez personne sur votre secteur, je serai ravie de vous proposer un éducateur si je le peux).

Bonnes balades à tous !

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